Le France

Ville : Annecy
Département : Haute Savoie
Pays : France

Type : bateau à aubes Nationalité : française Année de construction : 1909

Longueur : 47m Largeur : 12m
Propulsion : machine à vapeur Puissance : 350 CV
Vitesse de croisière : 14 nœuds
Passagers : 700
Date du naufrage : nuit 12-13 mars 1971
Localisation : dans la baie d’Albigny, au large de l’Impérial Palace

Histoire du France :

Le France, dernier bateau français équipé de roues à aubes, a navigué sur le lac d'Annecy de 1909 à 1962.

Construit à Zürich par la société "Escher Wyss", le France est assemblé aux chantiers de la Puya (Annecy) et devint célèbre dès sa mise à l'eau le 13 mai 1909. Fleuron de la flotte de la Compagnie des vapeurs du lac d'Annecy, ce navire avait fière allure, avec ses deux ponts, un grand salon, un fumoir et deux salles couvertes pouvant accueillir jusqu'à 700 passagers.

L'époque voit la ville s'ouvrir pleinement au tourisme.

D'une longueur de 47,5m, large de 12m, sa machine à vapeur de 350 ch actionnait deux roues à aubes, lui permettant de naviguer à la vitesse de 23 km/h.

A la belle époque, dans les années 30, le France ne cesse de naviguer, surtout en été. A son bord beaucoup de gens très riches s'amusent. Le soir, une clientèle huppée venue de l'Europe entière embarque dans ses salons pour une croisière au clair de lune. La journée les riverains prennent le bateau qui sert de transport en commun.

Le mardi, jour de marché, les paysannes envahissent les ponts... « Elles transportaient des tas de légumes, des animaux de basse-cour et parfois, on embarquait même des vaches», se souvient André Gobelli, un Annécien de toujours. Et l'épicerie du Lac qui tient comptoir sur le quai Perrière assure un service de messagerie. Enfin, le dimanche, le France fait le bonheur des plagistes et des excursionnistes.

Le France a le vent en poupe jusqu'à l'arrivée de la seconde guerre mondiale. Finies les soirées huppées et raffinées. La milice collaborationniste s'empare du France pour le transformer en bateau-prison. Le 13 mai 1944, une rafle jette plus de 100 personnes à son bord; des interrogatoires y sont même menés.
Le France et le Parmelan

Après la Guerre, le France reprend la navigation. « Gamins nous nous accrochions au safran et nous nous laissions traîner dans l'eau; mais le mécanicien nous donnait des coups de gaffe et le pilote hurlait », sourit un Annécien.

Mais Les temps sont au changement; techniquement dépassé, le bateau s'avère bientôt trop grand et ses clients habituels lui préfèrent l'automobile. De plus, à chaque croisière, le France consomme plus d'une tonne de charbon.

En 1962, on s'interroge sur son sort. Il est promis à la casse, mais la nouvelle ne plaît pas aux anneciens qui protestent. Une association de défense du France se forme et lance une souscription pour trouver un nouvel acquéreur.

On sollicite la mairie, mais celle-ci refuse de le transformer en restaurant flottant ou en embarcadère.

Ce sera M. Bruel, patron des Bateaux Mouches de Paris qui, à la demande de l'association pour le musée des transports, et pour le prix de 2,8 millions de centimes, va sauver in extremis le France d'une découpe au chalumeau.

Le bateau retrouve une seconde jeunesse : durant plus d'une année, les ouvriers, peintre, mécanicien, menuisier, calfat, s'emploient à donner au France une seconde jeunesse dans un style très "début de siècle". On l'équipe de cabines et de douches tandis qu'un billard trône désormais dans le salon et des fauteuils en osier sur le pont.

Le France est alors ancré au large, immobilisé par la perte de son certificat de navigation, mais le 27 mai 1965, M.Bruel ne renonce pas à son envie et réalise son rêve...en toute illégalité : commander lui-même le France pour le premier et dernier tour du lac.

Ce qui sera un vrai triomphe. Marie Chautemps, 77 ans, est aux machines, Armand Pochat à la barre et à chaque port, des hourras saluent le France. A Talloires, Bise offre, dans son auberge, le champagne à tout l'équipage... Il y aura bien d'autres réceptions, dîners de gala, soirées de café-théâtre et autres assemblées générales à bord du bateau à nouveau immobilisé...

Mais le France coule mystérieusement dans la nuit du 12 au 13 mars 1971.
Le France,le Lac, et les montagnes

Ce samedi 13 mars 1971, tout Annecy est en émoi. Tôt le matin, les premiers promeneurs, parcourant la baie d'Albigny, ont bien senti que le paysage avait changé : le France, ancré depuis des années au large de la plage, a disparu !

La nouvelle se répand en ville comme une traînée de poudre. Les Annéciens, par dizaines, appellent la presse locale pour signaler l'événement; d'autres courent jusqu'aux rives du lac pour vérifier si le bâtiment, devenu aussi familier à leur décor que l'île des Cygnes ou les falaises de la Tournette, a, comme on le dit déjà, vraiment sombré dans la nuit tout au fond du plan d'eau.

Hélas ! Seuls flottent encore quelques débris, une petite embarcation de sauvetage et un canot "Bombard" partiellement gonflé qu'on ramène au port des Marquisats. Bien sûr, les gendarmes, le directeur des services de l'Equipement responsable de la navigation sur le lac et des plongeurs du Club subaquatique alpin sont déjà sur les lieux. Reste aux autres à s'interroger sur les raisons du naufrage.

On échafaude les hypothèses les plus diverses. Les uns parlent d'attentat... La ville ne s'était-elle pas divisée lorsque la Compagnie des bateaux à vapeur avait, presque dix ans auparavant, renoncé à poursuivre l'exploitation du fleuron de sa flotte? D'autres évoquent de prétendus "ballets roses" que les soirées organisées sur le prestigieux navire leur laissent imaginer. Certains encore assurent aussi avoir vu, ces derniers jours, le bateau gîter et pour ceux-là, il ne fait pas de doute que l'eau s'est engouffrée par les hublots! Ou l'on évoque aussi le froid, particulièrement rigoureux cet hiver-là... Une tôle de la coque aurait pu céder, sous la simple action du gel et c'est par une vanne, située sous la ligne de flottaison, que l'eau se serait engouffrée. A moins qu'un véritable pain de cette glace longuement accumulée dans les cales n'ait cogné, aux premiers dégels, contre les parois du bateau, à la manière d'une tête de bélier...
L'épave du France

En fait, jamais le mystère du naufrage du France ne sera éclairci... et le bateau repose désormais par 42 m de fond, au large de l'Impérial Palace, au grand dam des Annéciens.

« Tous vous le diront, c'était le plus beau des bateaux de la Compagnie ! », s'exclame-t-on encore aujourd'hui. Car l'épopée du dernier bateau à roues à aubes français tient une belle place dans la mémoire de plusieurs générations de Hauts- Savoyards.

Aujourd'hui, même à l'état d'épave, le France fait encore le bonheur des plongeurs qui ont redressé le mât et la timonerie, un temps affaissés dans la vase. Bien des pièces, en revanche, ont disparu, tels les barreaux du grand escalier, les nez de marche ou les lettres qui ornaient les flancs du navire... Les Annéciens les ont conservées, reliques précieuses de leur jeunesse et souvenirs d'une "Belle Époque" que les derniers bateaux de la Compagnie ont oubliée.

Le site est accessible seulement en bateau et l'épreuve n'est pas à la portée du néophyte : Eté comme hiver, la température de l'eau qui ne dépasse pas 5°. Plusieurs plongées seront nécessaires pour se faire un souvenir précis de l'épave. Un bon phare est indispensable